Regard sur l’entreprise artisanale : Comment faire perdurer un partenariat d’affaires selon Kettö ?

Regard sur l’entreprise artisanale : Comment faire perdurer un partenariat d’affaires  selon Kettö ?

Chaque semaine, « Quartier artisan » se met au défi d’explorer les bonnes pratiques entrepreneuriales d’un artisan du Québec. Cette semaine c’est avec Julie de Kettö que nous nous sommes entretenus. Cette année, ça fera 18 ans que Kettö nous propose ses illustrations féériques déclinées sur divers produits. Et si l’aventure perdure, «c’est définitivement grâce à la force de notre duo ». Il faut savoir que l’entreprise est le résultat de la rencontre entre Julie et Catherine. La première travaillait au café céramique de Montréal, où elle dessinait sur des pièces qu’elle vendait « pour financer ses études à l’UQAM ». Alors que Catherine était à la recherche d’un projet d’entreprise. Leur collaboration était donc destinée à la réussite, chacune ayant des forces complémentaires.  Et alors que plusieurs artisans espèrent rencontrer un partenaire d’affaires pour faire croître leurs ambitions artistiques, Julie nous rappelle que pour développer une telle collaboration certains impératifs doivent être comblés.

Julie en création

Pour la créatrice, le plus important c’est la capacité du partenaire à comprendre le métier d’artiste. « J’ai souvent entendu des gestionnaires dire avoir de la difficulté à travailler avec des artistes. », affirme-t-elle. « On ne travaille pas forcément de la même façon ». Lorsqu’elle doit créer de nouveaux dessins, ou imaginer de nouveaux produits sur lesquels les imprimer, il lui arrive de se distancer des affaires de l’entreprise et de se consacrer à la création. Julie part ainsi dans un processus créatif qui est loin du traditionnel « 9 @ 5 ». « Et pour certaines personnes, il est difficile de comprendre et de valoriser ce type de travail ». À l’occurrence, Catherine ne lui a jamais demandé de rendre des comptes sur le nombre d’heures travaillé. Elle a plutôt su lui offrir un environnement de travail sans contraintes lui permettant de créer en liberté.

Cette capacité à comprendre la réalité de l’une et de l’autre leur a aussi permis d’établir une relation de travail basée sur la confiance et « sans ego », explique Julie. Chacune est responsable de son département, Julie s’occupe de la direction artistique, alors que Catherine gère la croissance de l’entreprise. « En même temps, on prend les décisions importantes ensemble », poursuit l’entrepreneure.  « Si un des projets proposés ne m’inspire pas artistiquement, mais qu’il est vital pour notre santé financière, j’accepte de le faire. Et vice-versa, Catherine respecte ma ligne artistique ». Il leur arrive donc d’argumenter, mais, puisqu’elle recherche les meilleures solutions, accepte, sans égo, de changer d’avis et de travailleur ensemble. Et si tel est le cas, c’est parce que les deux ont également envie de faire évoluer Kettö dans une même direction. « Nous partageons les mêmes valeurs », affirme la créatrice. « L’objectif de Catherine n’est pas de faire de l’argent ». Au contraire, les deux entrepreneures sont motivées par l’envie de développer des projets qui ont du sens et qui leur permettent d’être heureuses au travail.

En effet, l’énergie du duo se puise dans leur capacité à toujours se réinventer. Rappelons-nous qu’au départ Kettö produisait que des objets en céramiques. Après 10 ans de développement, il vint le temps où l’entreprise devait produire davantage pour ne pas perdre de l’argent. « Mais on produisait déjà beaucoup », explique Julie. La solution a été de vendre des licences à des producteurs qui utilisaient leurs illustrations. Par conséquent, la gamme de produits sur laquelle on retrouvait les illustrations de Julie se multiplia. La majorité des licences sont aujourd’hui échues, et Kettö recommence à produire à l’interne, mais en conservant la diversité des produits proposés. Cette évolution est aussi le reflet d’une volonté à toujours apprendre. Plus l’entreprise grandit, plus Catherine se confronte à des nouveaux défis qui la passionnent. Et pour Julie, ce sont de nouvelles opportunités pour créer. Par ailleurs, un des projets qui l’anime beaucoup en ce moment, c’est l’impression sur des matières recyclées. Elles travaillent aussi à exporter en France et aux États-Unis. « On ne se lassera jamais de faire des projets ensemble », s’exclame Julie.

Alors, s’il est plus facile pour un artisan de faire affaire avec un gestionnaire, qui s’occupe de la croissance de l’entreprise, afin qu’il se consacre à la création, il ne faut pas oublier que le monde de la gestion est aussi un art, et pour que ces deux univers se comprennent, une bonne dose de respect, de reconnaissance et de passion est nécessaire à sa réussite. Car si Kettö est le résultat d’une belle rencontre, c’est surtout le produit d’un rêve de voir un jour leurs fées conquérir notre réalité.

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