Regard sur l’entreprise artisanale : La chaîne de production, élément clé d’une bonne croissance selon Velvet Moustache

Regard sur l’entreprise artisanale : La chaîne de production, élément clé d’une bonne croissance selon Velvet Moustache

Chaque semaine « Quartier artisan » se met au défi d’explorer les bonnes pratiques entrepreneuriales d’un artisan du Québec. Cette semaine c’est avec Majorie de Velvet Moustache que nous nous sommes entretenus. Il y a dix ans déjà que la jeune entrepreneure nous présentait ses premiers modèles de peluches contemporaines au salon Puces Pop Montréal. Depuis, elle a réussi à conquérir le marché américain et est distribuée dans plus de 50 points de vente. Et si pour arriver où elle en est aujourd’hui il faut plus d’une qualité, Majorie avoue qu’une des choses qui a permis son ascension a été sa capacité à toujours améliorer sa chaîne de production, afin qu’elle puisse répondre aux différentes exigences du marché, que ce soit sur le plan de la qualité où des délais de livraison.

« J’ai étudié en mode, et rapidement on nous apprend à être conscients des différentes étapes entre la conception et la vente. On est aussi sensibilisé aux différents délais et aux erreurs qui peuvent subvenir dans ce processus », explique l’entrepreneure. Et pour qu’une entreprise soit rentable, il faut que les prix fixés puissent refléter les imprévus qui peuvent survenir lors de la production, « il faut que ton prix te permette d’être rentable que tu produises 1, 20 ou 30 items ». Prendre le temps d’analyser les différentes étapes de production et de leur vitesse aide ainsi à monétiser les produits. D’ailleurs, pour s’assurer de la qualité et de l’efficacité avec laquelle les couturières accomplissent leur travail, Majorie paye les couturières « à la livraison », soit dès que les housses de peluches sont livrées à son atelier. « Trop souvent les couturières sont mal payées, ou payées trop tard », explique-t-elle. De cette façon, elle gagne leur confiance et s’assure de la fiabilité de leur service, nécessaire à sa rentabilité.

Majorie, créatrice et propriétaire de Velvet Moustache

De plus, « il faut être à l’écoute des exigences des distributeurs avec lesquels on travaille », poursuit la créatrice. Il y a plusieurs types de modèles d’affaire, et de stratégie de production.  Dans le secteur manufacturier, par exemple, la tendance est au « juste à temps », technique qui consiste à améliorer la productivité globale de l’entreprise en limitant les inventaires et les coûts y étant reliés. Une stratégie efficace, mais qui n’était pas adapté à Velvet Moustache, dont les délais de production sont plus long dus à la fabrication manuelle de la majorité des composantes des produits. Dans ce contexte, il est donc préférable de produire de l’inventaire  afin d’améliorer l’efficacité des délais de livraison. Mais si elle peut se permettre de planifier sa production sur 1 an, c’est entre autres parce qu’elle a des gammes de produits qui durent longtemps, « mon hibou, il se vend depuis 8 ans », explique-t-elle. Avec le temps, elle sait en moyenne combien elle peut en vendre par année, et ne surcharge pas ses couturières, qui produisent toujours un peu, mais en continu. C’est donc en s’adaptant à sa réalité que Majorie a réussi à consolider une chaîne de production qui répond aux exigences de ses fournisseurs et distributeurs.

Et comme toujours, pour solidifier la confiance de ses collaborateurs, il faut savoir les écouter et leur faire plaisir. Par exemple, selon l’entrepreneure les distributeurs apprécient la nouveauté, puisque ça encourage leurs clients à revenir dans leur commerce. « Il faut donc pouvoir leur offrir de nouveaux produits, et ce même si on y perd de l’argent ». « Lorsque nous créons de nouveaux modèles, la production est plus longue et la matière première coûte plus cher », poursuit Majorie. Mais malgré un coût de production plus élevé, elle doit les vendre aux distributeurs aux prix habituels. En contrepartie, Majorie s’assure d’entretenir une bonne relation avec ses distributeurs qui n’hésite pas à renouveler leurs ententes.

Les peluches Velvet Moustache

C’est donc avec clairvoyance que Majorie a su trouver un équilibre de production à la fois organique et structuré. Mais tout n’est pas encore réglé, « j’ai encore de la difficulté à exporter en Europe, parce qu’en additionnant les frais d’expédition au prix de détail, Velvet Moustache est moins compétitif que d’autres marques et il faudrait peut-être songer à fixer un prix plus bas pour percer le marché », explique-t-elle. Entre temps, elle se consacrera à encadrer la production de sa matière première, le textile, afin que les couleurs et les motifs reflètent davantage sa marque. « En plus du design, j’aimerais que les gens reconnaissent Velvet Moustache au touché ». Comme quoi la production commence par faire attention au plus petit des détails.

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